Nathalie Brandenberg : « La génétique ne suffit plus ! »

Nathalie Brandenberg
Elle fait partie des jeunes scientifiques les plus prometteurs de sa génération. Nathalie Brandenberg, docteure en bioingénierie est également co-fondatrice de la start-up lausannoise SUN bioscience.

« Pur produit » de l’EPFL, comme elle le dit elle-même, Nathalie Brandenberg est une jeune scientifique au parcours pourtant atypique. Durant son master elle ne rêve pas - comme la plupart de ces camarades - de rejoindre une grande université américaine mais s’envole pour le pays du Soleil levant ! Elle y restera 2 ans avant de revenir sur le campus lausannois, où elle réalise son doctorat puis fonde avec Sylke Hoehnel la société SUN bioscience.

Repérée en 2016 par le magazine Forbes, qui la classe parmi les 30 personnalités de moins de 30 à suivre dans le domaine de la Santé, Nathalie Brandenberg compte bien apporter sa pierre à l’édifice de la médecine de précision. Invitée ce 17 mai au symposium de l’Innovation Forum – Lausanne, elle y expliquera pourquoi la génétique n’est qu’une variable de la complexe équation de la santé personnalisée.

En quoi votre expérience au Japon a-t-elle influencé votre recherche ?

Nathalie Brandenberg - Je suis partie dans ce pays car j’étais très intéressée par leur manière d’aborder la recherche qui me semblait assez différente de ce que nous faisons en Suisse, ou plus généralement en Occident. Assez paradoxalement, alors que l’échec est plutôt stigmatisé dans cette culture, les projets de recherche un peu risqués ou jugés ici trop « futuristes » ne font pas peur aux Japonais ! Ils osent se lancer dans des choses incroyables. Alors bien sûr, parfois ça ne marche pas, mais ça donne aussi des découvertes géniales. J’ai beaucoup appris là-bas et j’ai essayé de combiner cela avec ma recherche à mon retour à Lausanne.

Avez-vous toujours eu envie de fonder votre entreprise ?

En fait, je n’ai jamais vraiment été fixée sur une carrière spécifique. J’ai fait partie des premières volées de sciences de la vie à l’EPFL, et il faut avouer, c’était un peu l’inconnu. On nous disait « Vous êtes l’avenir ! », mais quand on est sur les bancs de l’école ça n’a pas vraiment de réalité. Le format de la start-up m’a cependant intéressé assez tôt, j’avais déjà suivi quelques cours sur le sujet durant mon bachelor. Et c’est pendant mon doctorat, quand on a réalisé le potentiel de nos recherches, que l’idée s’est vraiment concrétisée.

 

Vous développez des modèles de cultures cellulaires en 3D, des « mini-organes ». Quel est le lien avec la médecine personnalisée ?

Nos recherches sur les cellules souches et les cultures cellulaires peuvent en effet paraître assez fondamentales. Mais en réalité nous sommes au cœur même des questions qui se posent aujourd’hui autour de la personnalisation des soins.

Les organoïdes que nous sommes parvenus à développer seront utiles en recherche clinique

et permettront – notamment – de tester des traitements. Notre projet le plus avancé concerne un « mini-intestin » produit à partir de cellules souches adultes qui pourrait devenir un outil pour tester la réponse de patients atteints de mucoviscidose au derniers traitements mis sur le marché.

 

Vous insistez sur le fait que pour développer une médecine réellement personnalisée la génétique ne suffit pas, pourquoi ?

Il est certain que sans le séquençage du génome humain, et toutes les avancées réalisées depuis en génomique, le concept même de médecine de précision n’aurait jamais vu le jour. Mais l’exemple de la mucoviscidose illustre assez bien assez bien la complexité du problème. Parmi des patients tous porteurs de la mutation ΔF508, les essais ont montré qu’environ seulement la moitié répondront à l’association lumacaftor/ivacaftor (OrkambiTM). On ne peut pas compter que sur les analyses génomiques, aussi poussées soient-elles pour relever le challenge de la personnalisation des soins. Les cliniciens et les industriels avec lesquels nous avons un dialogue nourri l’ont bien compris. Il est nécessaire de se doter aujourd’hui d’outils qui permettent de mieux comprendre toute la variabilité qui existe dans le vivant, et nous espérons que nos travaux contribueront à progresser dans ce domaine.

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