Opioïdes : prévenir les surdoses grâce à la médecine personnalisée

Chaque jour, 115 Américains succombent à une overdose d’opioïdes. La médecine personnalisée pourrait jouer un rôle important dans la mise en place de prescriptions mieux adaptées.

L'épidémie de surdoses aux opioïdes qui sévit aux Etats-Unis ne semble pas en passe de faiblir.   Environ 2 millions d’Américains souffrent de dépendance à ces médicaments analgésiques, avec un risque élevé d’entamer une consommation d’héroïne à moyen terme. Chaque jour, ce sont par ailleurs 115 personnes en moyenne qui succombent à une overdose.

Aux Etats-Unis, combattre cette crise est devenue une priorité nationale. Le gouvernement fédéral a annoncé cette année qu’il dépenserait presque 4 milliards de dollars pour lutter contre ce problème majeur de santé publique. Si le problème touche de plein fouet les pays d’Amérique du Nord, les pays européens connaissent aussi un nombre croissant de cas. D'après des données rendues publiques lors du congrès de la Société française de pharmacologie et de thérapeutique en 2017, les overdoses aux opioïdes médicamenteux auraient par exemple augmenté de 128 % en France entre 2000 et 2014.

Si traiter la dépendance aux opioïdes est primordial, mettre en place de réelles stratégies de prévention est tout aussi essentiel. Et la médecine personnalisée pourrait jouer un rôle important dans cette démarche en permettant d’identifier les facteurs génétiques et environnementaux qui exposent à un surrisque de dépendance, et ainsi de mieux adapter la prescription de ces médicaments.

Personnaliser la prescription

« Un grand nombre de facteurs, des gènes au sexe du patient, en passant par son niveau d'anxiété et sa sensibilité à la douleur peuvent expliquer en partie pourquoi il est plus ou moins à risque de développer une addiction si on lui prescrit des opioïdes, dans un contexte opératoire ou pour lutter contre des douleurs chroniques », explique Stephen Bruehl, professeur d'anesthésiologie à l'université de Vanderbilt (États-Unis).

Pris de manière isolée, aucun de ces paramètres n’a un grand poids, mais la combinaison de plusieurs facteurs crée une synergie qui peut être problématique. « Un enjeu majeur de la recherche sur les opioïdes est donc d’identifier quelles combinaisons de facteurs génétiques et phénotypiques augmentent le risque de dépendance, afin de mettre en place des stratégies thérapeutiques personnalisées qui limitent ce risque », ajoute le chercheur.

Les promesses du dépistage génétique 

De nombreuses études, menées aussi bien à partir de modèles animaux que chez l’homme, ont estimé que les gènes influencent jusqu'à 50% du risque de dépendance aux drogues, et notamment aux opioïdes. Partant de ce principe, et s’inscrivant dans une démarche de médecine personnalisée,

des scientifiques américains cherchent à développer des tests génétiques qui permettraient d’identifier les patients les plus vulnérables.

Une étude, récemment publiée dans les Annals of Clinical & Laboratory Science, a fait particulièrement parler d’elle. A partir d’une cohorte de 37 patients dépendants aux opioïdes (et autant de contrôles), les auteurs ont identifié seize variations génétiques impliquées dans les circuits cérébraux de la récompense. Cumulés, ces facteurs génétiques sont associés à un risque plus élevé de dépendance. Après avoir validé leurs résultats dans un autre groupe de 138 sujets, les chercheurs ont développé un test génétique reprenant toutes ces données et actuellement en cours d'évaluation à la FDA.

« Nous avons créé un modèle qui permet d’attribuer à chacun de ces gènes, identifiés chez les patients atteints d’addiction aux opioïdes, un certain poids, et d’évaluer si en cumulant certains de ces facteurs génétiques, un patient a un risque plus élevé de dépendance aux opioïdes », explique Keri Donaldson, auteur principal de l'étude et directeur médical de la compagnie Prescient Medicine qui développe ce test.

Les applications cliniques d’un tel dispositif ne manquent pas, mais la prudence reste de mise. « Nous sommes en train de sélectionner des partenaires médicaux sérieux avec qui travailler pour proposer le test aux patients, et adopter une démarche de soin personnalisée efficace et rigoureuse. Ce que nous ne voulons pas, c’est qu’un résultat négatif au test incite les médecins à prescrire des opioïdes, en pensant qu’il n’y a aucun risque de dépendance. A l’inverse, nous ne voulons pas que ceux qui ont un résultat positif au test ne puissent plus recevoir de traitements adaptés contre leurs douleurs »,souligne Keri Donaldson.

Du chemin à parcourir

« Identifier des facteurs génétiques et mettre en place un test est une démarche intéressante, mais le problème, c’est que les chercheurs se sont basés ici sur des cohortes de petite taille. Par ailleurs, ils ont un intérêt financier à présenter leurs résultats sous un jour positif, s’ils veulent commercialiser le test, nuance Stephen Bruehl. Ce sont des résultats prometteurs, mais nous manquons encore de données pour dire si ce test génétique peut vraiment être utilisé dans la pratique clinique et apporter une solution aux médecins pour prévenir la crise des opioïdes. »

Des études sur des échantillons importants de patients, et suivis sur plusieurs années, s’imposent donc pour mieux comprendre les déterminants de la dépendance aux opioïdes. L'université du Michigan a pour sa part récemment annoncé une grande initiative de médecine personnalisée, portant sur l’analyse de milliers de données de patients pour expliquer pourquoi certaines personnes sont plus à risque de dépendance aux opioïdes que d’autres.

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