Antibiotiques: quand la santé personnalisée soutient la santé publique

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Des applications mobiles sont aujourd’hui capables d’accompagner les soignants au cours des consultations. Une aide précieuse pour établir un diagnostic individuel, mais aussi une véritable stratégie de santé publique.

 Sauver des vies grâce à des algorithmes mathématiques? C’est le pari de la Pre Valérie D’Acremont, spécialiste en médecine tropicale et infectiologie. Depuis 2006, elle développe avec son équipe des programmes informatiques pour permettre au personnel soignant de mieux diagnostiquer et traiter certaines maladies. Des outils précieux, en particulier dans certains pays d’Afrique où la résistance aux antibiotiques ne cesse de gagner du terrain.

Une tablette pour prendre des décisions

Au cours de ses nombreuses recherches, menées en particulier en Tanzanie, la Pre Valérie D’Acremont a fait le constat suivant: trop souvent, des antibiotiques sont prescrits aux patients fébriles, sans que l’origine de leur fièvre n’ait pu être établie. Par conséquent, ces personnes risquent de recevoir ce traitement pour rien (car les fièvres sont le plus souvent d’origine virale) et de développer des effets secondaires et des résistances. «Il est donc essentiel de poser le bon diagnostic, martèle la spécialiste. Or, dans certains pays d’Afrique, les soignants qui ont la responsabilité de sauver des vies n’ont que trois ans de formation médicale et n’ont pas à leur disposition des outils diagnostiques. Grâce à un algorithme, nous avons pu mettre au point un guide clinique interactif qui les aide à prendre des décisions en fonction des symptômes du patient et des résultats de quelques tests simples et rapides».

Développé sous la forme d’une application Android, cet arbre décisionnel s’utilise simplement sur une tablette. Le soignant enregistre d’abord les données générales du patient (âge, sexe, situation sociale, etc.). L’algorithme lui indique alors à quels signes être attentif pour débuter son examen. Si certains sont associés à un danger imminent, l’application donne des consignes de traitement à mettre en œuvre immédiatement, avant d’envoyer le patient à l’hôpital. S’il n’y a pas de risque urgent, le soignant sera alors invité à indiquer les différents symptômes et signes relevés, étape après étape. Ainsi, l’algorithme propose une démarche adaptée au cas par cas et permet d’individualiser le traitement. Par ailleurs, pour mieux comprendre certains gestes médicaux à effectuer, des photos et des vidéos sont également incluses dans l’application, véritable plateforme de formation à distance.

Des données individuelles puis collectives

Des biocapteurs peuvent même être directement connectés à l’application afin de renseigner certains paramètres biologiques du patient. Il est ainsi possible de vérifier si un enfant respire bien grâce à un capteur qui mesure le taux d’oxygène dans le sang et envoie instantanément l’information sur l’application. Des outils qui aident évidemment au diagnostic, mais qui permettent aussi de récolter un très grand nombre de données. Celles-ci peuvent être stockées dans une base et analysées par les scientifiques.

Ces données individuelles peuvent aussi être de précieuses informations pour traiter des problèmes sanitaires plus vastes. «Dans le domaine des maladies infectieuses, il est particulièrement important de comprendre qui est malade, de quoi, dans quelle région, souligne Valérie D’Acremont. Des stratégies de santé publique peuvent alors être mises sur pied pour faire face aux épidémies. Grâce à une base de données comme la nôtre, on peut espérer avoir une compréhension plus globale de la prévalence et la transmission des maladies.» En accumulant les données individuelles récoltées par ce type d’applications, les spécialistes espèrent donc pouvoir anticiper et gérer de manière optimale l’évolution des maladies transmissibles à une échelle globale.

Un site aussi pour les médecins suisses

En 2003, l’équipe de la Pre Valérie D’Acremont a également développé un site internet destiné aux médecins suisses. Il concerne en particulier les praticiens de premier recours, amenés à traiter des voyageurs présentant de la fièvre à leur retour en Suisse, ainsi que des migrants.

Peu confrontés aux maladies tropicales dans leur pratique quotidienne, ces médecins peuvent parfois se sentir démunis face à certains symptômes. Le site leur permet de mieux orienter leur examen et de bien cibler les tests diagnostiques à effectuer ainsi que le traitement à prescrire. Une nouvelle interface et la création d’une application sont aujourd’hui en cours de développement.

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